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« Front Mission Dog Life & Dog Style » par Yasuo Otagaki et C.H. Line

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Dans l’esprit collectif, le jeu vidéo et le manga sont extrêmement liés. Pourtant, la plupart des livres qui sont issus de cette filière ne brillent ni par leur originalité ni par leur qualité scénaristique. Il y a souvent matière à développer un monde à part entière et créer, ainsi, une vraie synergie entre les deux médias. « Front Mission Dog Life & Dog Style » fait partie de ces œuvres allant plus loin. Pas besoin d’être familiarisé au fonctionnement du jeu d’origine pour plonger au cœur de l’histoire qui nous est offerte ici.
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À la fin du XXe siècle, l’île d’Huffman surgit au sein de l’océan Pacifique, suite à une éruption volcanique. Son sol regorge de minerais précieux et de bien d’autres richesses naturelles. Du coup, deux grandes puissances se disputent le territoire. Scindée en deux, cette île devenue paradisiaque a réussi à obtenir une paix qui repose, malheureusement, sur des bases peu stables.
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Une équipe de journalistes japonais est sur place en permanence pour commenter l’actualité locale. Le petit groupe réside dans la partie occupée par l’union des pays d’Asie et de l’Australie, alors que le reste de l’île est gouverné par les pays d’Amérique. L’histoire débute sur la mutation d’Akira Matsuda au sein de la rédaction locale. Il est chargé de remplacer Leona Kurihara au bout d’une semaine de transition.
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Cette semaine ne se passera pas comme prévu puisqu’en quelques jours la guerre éclate sous des prétextes fallacieux d’invasion. Le conflit ne met pas bien longtemps à s’intensifier. La violence s’installe de manière exponentielle. Les journalistes sont en première ligne. L’atmosphère devient vite étouffante et ce n’est pas seulement dû au climat tropical de l’île.
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Alors qu’elle cherche à s’enfuir par tous les moyens possibles, Leona réussit à obtenir des billets d’avion de manière peu orthodoxe. À bord d’un blindé censé l’amener à l’aéroport, en compagnie d’Akira, elle succombe d’une balle perdue en pleine tête.
Extrêmement choqué, Akira est de retour au Japon ; il entreprend alors une campagne d’information de manière détournée, afin de montrer les réelles horreurs que la guerre engendre. Il est aidé par Kenichi Inuzuka, un collègue journaliste en poste depuis des années sur Huffman.

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De corpulence peu imposante, sans grande personnalité physique ni signe distinctif particulier, ce dernier sait se faire tout petit sur un champ de bataille. Il obtient ainsi des clichés poignants, tout en évitant de se faire tuer. C’est le personnage central de ce manga. Passionné par la technologie, ses connaissances, égrenées de manière froide et méthodique, paraissent déplacées et quelque peu dérangeantes face à ces événements atroces. Ses clichés, volés au milieu des scènes de combat, révèlent le vrai visage de ce conflit armé.
Réalisés en 2007, certains passages de ce manga sont criants de vérité. Notamment quand on les compare aux récents événements, peu glorieux, relayés par des clichés se passant de commentaires, où l’humiliation du vaincu prend le pas sur le côté soi-disant civilisé de l’humain.
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Résurgence d’un style mecha tombé un peu en désuétude, ce manga renoue avec les qualités narratives et visuelles qui avaient fait le succès des films « Patlabor » de Mamoru Oshi. Ici, les mechas sont utilisées comme armes de combat, comme peuvent l’être un tank ou une jeep à notre époque. Rien de bien extraordinaire, les auteurs ne s’attardent pas dessus, ils font partie du décor. Ce qui est intéressant, c’est de voir l’impact que peut avoir la guerre sur des gens aux préoccupations peu éloignées des nôtres. Il est facile de se glisser dans la peau de la plupart des protagonistes. Le scénario est construit de manière à développer le point de vue des différents acteurs ou spectateurs sur ce conflit. Kenichi devient rapidement le point central de l’histoire, relatant les faits de manière brute. L’introduction de la situation géopolitique de l’île se fait assez rapidement et sans bla-bla inutile. Les situations sont décrites de manière claire. La lecture du récit en est facilitée et on se prend à dévorer les 200 pages d’une traite, en ne demandant qu’à avoir la suite rapidement.
Mélangeant différentes histoires, une enquête police vient pimenter le récit : le gouvernement cherchant à contrôler l’information en débusquant la source des images pouvant mettre à mal sa politique aux yeux du public. Cela ne vous rappelle rien ? Véritable reflet de la fuite de certaines informations sensibles telles qu’elles sont divulguées aujourd’hui. Notamment par le biais d’internet et des réseaux indépendants qui fleurissent de par le monde. Simple extrapolation de situation bien réelle magistralement romancée.
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Le dessin de C.H. Line aide beaucoup à apprécier ce manga à sa juste valeur. Mélange de réalisme un peu caricatural, les personnages ne sont jamais outranciers. Parfaitement identifiables, ils sont typés tout en ne tombant pas dans la caricature facile et raciste. Il est aisé de ressentir leurs sentiments sur leurs visages. Leurs expressions sont communicatives et le lecteur sent la peur de la population à chaque page. Tout comme il ressent la froideur, la placidité et la méticulosité de Keinchi.
Bien évidement, les scènes d’action sont à la hauteur de ce qui se fait de mieux dans le genre science-fiction/mécha. Les robots, mais également les missiles, les bâtiments et tous les véhicules illustrant cette histoire sont détaillés avec soin. Peu d’artifices superflus masquent l’action, tout est clair comme si nous étions aux premières loges. Les robots ont une chorégraphie dynamisée par une mise en page moderne, mais sachant rester sobre. Le ballet des combats est entrecoupé d’explosions et d’images répugnantes, contrastant entre elles. Les armes de destruction massive sont bien présentes et les deux puissances sont décidées à les employer.
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« Front mission Dog Life & Dog Style » ne ressemble à aucun autre manga, et encore moins à une adaptation de jeu vidéo. Le graphisme fouillé ravira les amateurs de seinen, qu’ils soient fans de mechas ou non. Quant au scénario, il devrait contenter les adeptes des histoires bien construites ou le message prend le pas sur le sujet. On ne se trouve pas ici face à un simple manga sur une guerre atroce, mais sur une vision bien plus évoluée de notre société et de ses dérives ; vision centrée sur la place du journaliste censé relater les faits, rien que les faits, face à conflit se déroulant à des centaines de kilomètres de nos vies. Pourtant, cette distance ne l’empêche pas de nous toucher lorsque le travail de reportage est fait avec intelligence et honnêteté. Si l’ambiance développée dans ce premier tome arrive à se maintenir, voir à se transcender dans les volumes suivants, on sera face à l’une des meilleures séries du genre.
Gwenaël JACQUET
« Front mission Dog Life & Dog Style » par Yasuo Otagaki et C.H. Line Édition Ki-oon (7,50 &euroWinking ISBN : 978-2-35592-348-7
© Yasuo Otagaki, C.H.LINE / SQUARE ENIX CO., LTD.

"Divine Nanami" T1 & 2 par Julietta Suzuki

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La nouvelle série de Delcourt " Divine Nanami"(1) est principalement destinée aux toutes jeunes filles. Mélange de surnaturel, de culture et de romance, elle a su trouver son public au Japon dans le magazine de prépublication Hana to Yume(2). Est-ce qu’il en sera de même en France ?


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KAMISAMA HAJIMEMASHITA © 2008 by Julietta Suzuki / HAKUSENSHA Inc., Tokyo
L’histoire de ce manga est légèrement tirée par les cheveux et peu crédible. Mais là n’est pas vraiment la question, il fallait une base permettant une certaine excentricité sans tomber dans le manga humoristique. Nanami est une jeune fille au destin bien compliqué. Son père, criblé de dettes et joueur invétéré, ne trouve rien de mieux que de s’enfuir du domicile en l’abandonnant. Rapidement expulsée, elle trouvera sur son chemin, Mikagé, un jeune homme extrêmement sensible et largement paumé. Tenant des propos plus qu’étranges et légèrement incohérents, tout en s’apitoyant sur son triste sort, il offrira un bien étrange cadeau à Nanami : sa demeure. Or, c’est un présent empoisonné : loin d’être une maison traditionnelle puisqu’il s’agit d’un temple délabré. Ce qu’elle ne sait pas, c’est qu’en acceptant cette offrande, elle accepte également de devenir la nouvelle déesse des lieux.
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KAMISAMA HAJIMEMASHITA © 2008 by Julietta Suzuki / HAKUSENSHA Inc., Tokyo
S’en suivent quiproquos et autres situations cocasses ou étranges. On est loin de l’humour débridé de Rumiko Takahashi sur "
Lamu " ou " Ranma 1/2 " mais il ne faut pas perdre de vue que cette série s’adresse à l’origine à un public bien ciblé : les jeunes filles. Julietta Suzuki reste dans le même registre que ses précédentes œuvres (non publiées en France). Cette jeune mangaka dessine depuis son enfance, mais c’est en 2004 qu’elle publie sa première histoire courte " Ura Antique " (" Retour vers l’antiquité ") remarquée suite à sa participation au " 44e Big Challenge pour jeunes talents " qu’elle remporte bien évidemment. Seconde consécration avec " Asa ga kuru " (" Le Matin arrive ") autre histoire courte lui permettant de gagner le 338e concours " Mangaka Course " du magazine Hana to Yume. C’est donc dans cette revue prestigieuse qu’elle publie une nouvelle histoire courte, " Hoshi ni naru hi " (" Le Jour où j’ai eu besoin des étoiles "). Elle enchaîne ensuite plusieurs mangas uniques avant de se lancer dans une longue série " Akuma to Dolce " (" Dolce et le démon "), en 2005. Cette même année, elle remporte le grand prix Athéna avec " Karakuri Odette " qui est donc sa troisième consécration en moins de deux ans.
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KAMISAMA HAJIMEMASHITA © 2008 by Julietta Suzuki / HAKUSENSHA Inc., Tokyo
Comme vous vous en doutez, Julietta Suzuki est un pseudonyme. Le prénom Julietta vient du personnage Julietta Sakamoto dans le manga pour adulte "
Air Master ". Très éloigné des Shôjos qu’elle dessine, ce manga parle d’une ex-gymnaste qui se met à pratiquer le combat de rue. Julietta Suzuki dessine donc des bandes dessinées car elle aime également en lire. Contre toute attente, son auteur favori est Junji Itō, célèbre mangaka porté sur les récits macabres dont certaines œuvres ont été traduites en France (3).
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Divine Nanami " comporte, pour le moment, neuf volumes au Japon. Et le succès étant au rendez-vous, la série commencée en 2008 devrait encore continuer un petit moment. Très léger dans ses propos et sa contraction, ce n’est pas un manga compliqué à lire. De quoi passer un bon moment de fraîcheur et de réflexion en en apprenant un peu plus sur les croyances japonaises. Dans cette édition française, un lexique a été judicieusement placé en fin de volume afin de se documenter facilement sur ces coutumes qui parfois nous semblent bien étranges. Par contre, on aimerait bien comprendre pourquoi Mikagé a décidé de s’enfuir. Pour le moment, aucune réponse réelle à cette question. Cela ne semble pas préoccuper l’auteure. Quand je vous disais que l’histoire était tirée par les cheveux !
Gwenaël JACQUET
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" Divine Nanami " T1 & 2 par Julietta Suzuki
Édition Delcourt (6,95&euroWinking
(1) " Divine Nanamie ", " Kami-sama Hajimemashita " en version originale se traduirait par " Heureux de vous rencontrer Dieux "
(2) Hana to Yume (Fleurs et rêves) est un magazine de prépublication édité par Hakusensha, depuis 1974. Destiné aux très jeunes filles, il a notamment publié des séries célèbres comme : " Glass no Kamen "(" Laura ou la passion du théâtre "), " Fruits Basket ", " Special A ", " Fight Girl " … Cette revue sort deux fois par mois, le 5 et le 20. Elle comporte de nombreux suppléments et gadgets.
(3) Junji Itō est notamment publié chez Tonkam : " Gyo ", " Hallucinations ", " La Femme limace ", " La Fille perverse ", " La Maison de poupées ", " La Ville sans rue ", " Le Journal de Soïchi ", " Le Journal maudit de Soïchi ", " Le Mystère de la chair ", " Le Voleur de visages ", " Les Fruits sanglants ", " Rémina ", " Spirale ", " Tomié "...
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Article paru à l’origine sur BDZoom.com

"Amatsuki" T1 par Shinobu Takayama

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Sur fond de mythologie et de mélange de technologie présente et passée, " Amatasukii " transporte le lecteur dans un monde qui n’est pas si lointain, mais tellement différent du nôtre : le grand Édo.

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Être un cancre à l’école peut conduire à visiter une expo grandeur nature. © 2005 by Shinobu Takayama / Ichijinsha Inc.
Le jeune Tokidoki Rikugoa a de grosses lacunes en histoire. Il est envoyé, avec d’autres élèves de sa classe, dans un musée sur le Japon ancien. Celui-ci a la particularité de reconstituer la période d’Édo à l’aide des dernières technologies et offre une immersion totale lorsque l’on porte des lunettes spéciales permettant de simuler certaines parties comme le ciel ou des artisans au travail.
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L’explication sur le fonctionnement des lunettes. © 2005 by Shinobu Takayama / Ichijinsha Inc.
Alors qu’il cherche son chemin, Tokidoki est attaqué par un animal surnaturel. Cette rencontre le fera basculer du XXIe vers le XIXe siècle. Blessé à l’œil gauche, il est recueilli par un moine qui l’hébergera tout comme il abrite Kon Shinonome, un autre étudiant qui est pour sa part prisonnier de ce monde depuis deux ans.
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Amatasuki " est le premier manga publié en recueil de Shinobu Takayama (1). Et pour une première œuvre, c’est un coup de maître. Rapidement adapté en animation pour une série de 13 épisodes produite par le studio Deen en 2008. Cette version sera un peu décevante contrairement au manga. L’animé reprenant plus les mauvais côtés de l’intrigue, tout en ne suivants pas fidèlement l’intrigue originale. De plus, le graphisme est banal et beaucoup moins travaillé que dans le manga.
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Galerie des personnages principaux en version SD. © 2005 by Shinobu Takayama / Ichijinsha Inc.
Il est difficile de rentrer dans l’histoire d’"
Amatasuki ". La construction narrative un peu confuse cache pourtant de bonnes idées. Les passages de combats sont expédiés rapidement et la multiplication des intervenants rend leurs suivis compliqués. De même qu’il est difficile de situer les personnages dans leur environnement, les décors n’étant présents que lorsqu’ils sont strictement nécessaires. Shinobu Takayama fait le minimum syndical, que ce soit en matière du scénario comme de dessin. Pourtant, ces défauts se font rapidement oublier. Le graphisme général est particulièrement agréable et les personnages sont bien typés. Ils ont chacun leurs caractéristiques propres, on ne peut pas les mélanger. Les attitudes générales, que ce soit dans la posture ou dans les expressions du visage, sont extrêmement bien rendues. On sent que tout ce petit monde pourrait être vivant. Les variations de plans sont nombreuses : plongé, contre plongé, face, dos, plans d’ensemble, etc. Shinobu Takayama maîtrise parfaitement son dessin afin d’éviter la monotonie.
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La rencontre de Toki et du Yokai qui le fera basculer dans l’autre monde. © 2005 by Shinobu Takayama / Ichijinsha Inc.
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Loin de la science-fiction pure, le passage dans le passé se fait tout en douceur. Le lecteur est orienté vers la mythologie ancienne et Shinobu Takayama s’est visiblement bien documenté sur cette période de transition au Japon. L’avantage d’être un homme venant du futur est évidemment d’avoir des connaissances bien supérieures par rapport aux autochtones de l’époque. Si les leçons de physique de Tokidoki lui servent de temps en temps, il ne met pas vraiment à profit son savoir et c’est bien dommage. Il se laisse porter par ce monde comme il le faisait dans le présent. Ce comportement peut sembler décalé, surtout lorsque l’on imagine le changement de confort qu’il doit subir. L’histoire aurait mérité un petit approfondissement supplémentaire. Le déroulement des événements est assez lent, mais cela correspond bien au ressenti concernant le mode de vie de l’époque ou certaines personnes, plutôt haut placées, se laissaient vivre.
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Coincé dans le passé, autant essayer de s’entendre avec les autres. © 2005 by Shinobu Takayama / Ichijinsha Inc.
Le héros est capable d’apercevoir les Yokai, créatures mythologie japonaises, contrairement à la plupart des protagonistes. Ce pouvoir apporte un peu de piment supplémentaire à l’histoire et offre son lot de situations incongrues. Le sujet est peu exploité dans ce premier volume, mais devrait s’approfondir par la suite. Par contre, n’espérez pas, en tant qu’occidentaux, en apprendre beaucoup plus sur la culture japonaise d’il y a deux siècles, tout est traité de manière superficielle et l’Histoire n’est pas le sujet. L’auteur prend d’ailleurs de grosses libertés par rapport à ça. Petit plus, le traducteur a multiplié les notes de bas de casse afin d’expliquer la plupart des spécificités historiques présentes dans ce manga. Excellent point, à la fois culturellement parlant et pour la compréhension générale de l’histoire. Ces anecdotes étant souvent évidentes pour les Japonais.
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Extrait des illustrations couleur des trois premières couvertures. © 2005 by Shinobu Takayama / Ichijinsha Inc.
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Amatasuki " reste un bon manga. Les dessins séduiront les jeunes garçons et l’histoire, facilement abordable, le met à la portée d’un large public. Un bon titre, bien plus intéressant dans sa version papier que dans sa version animé. De plus, les couvertures sont de toute beauté. À la fois sobres avec leurs fonds blancs, et travaillées avec des jeux de lumière et de nombreux détails sur les étoffes. Un vrai régal. Shinobu Takayama est une auteure dont on devrait entendre parler.
Gwenaël JACQUET
" Amatasuki " T1 par Shinobu Takayama
Édition Kaze Shônen up ! (7,50&euroWinking
ISBN : 978-2-82030-065-2
(1) Elle a commencé sa carrière avec deux histoires courtes : " Enra enra " et " Kagome no tori haima doko he " toutes deux parues en 2003, juste avant " Amatsuki ".
Article paru à l’origine sur BDZoom.com

"Judge" T1 par Yoshiki Tonogai

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Avec le nouveau manga de Ki-oon, " Judge ", les fans de Yoshiki Tonogai ne seront pas déroutées. Mêmes ingrédients que " Doubt ", même sorte de thriller ou la tension psychologique prend le pas sur la représentation gore de la violence. Avec, néanmoins, la mort qui est toujours au bout...

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© Yoshiki Tonogai / SQUARE ENIX CO., LTD.
Yoshiki Tonogai est clairement un amateur de la série de sept films "
Saw ". Il en reprend les ficelles en les adaptant au monde du manga
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 : huis clos, jeu mortel, poupée annonciatrice du chalenge, cassette vidéo (à la place d’audio), télévision servant de lien avec le monde extérieur, etc. Si cette saga américaine a su renouveler le genre " thriller/gore ", il était facile de surfer sur cette vague de popularité. Néanmoins, Yoshiki Tonogai, même s’il s’inspire ouvertement du genre, a sût créer un univers qui lui est propre avec son premier manga " Doubt ". " Judge " en reprend certaines ficelles, on est clairement dans le même monde, mais ici le challenge est plus sournois : les " pécheurs " vont devoirs s’entretuer pour survivre.
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© Yoshiki Tonogai / SQUARE ENIX CO., LTD.
Après quelques pages couleur montrant l’agonie et la mort d’un inconnu, tout commence réellement par une histoire tranquille. Atsuya sort avec Hikari depuis peu, alors qu’ils se connaissent depuis l’enfance. Hiro, le jeune frère d’Atsuya se serait bien vu à sa place, car il se rend compte qu’il perd l’amitié de cette jeune fille qui a partagé tous leurs jeux d’enfant. Comme elle doit choisir un cadeau pour Noël en leur compagnie, Hiro annonce à son frère qu’Hikari a déplacé le rendez-vous d’une heure afin de pouvoir savourer un court instant de tête-à-tête avec elle. Alors qu’ils font tranquillement les boutiques, Atsuya, de son côté, sort de son travail et se fait renversé par un camion. Hiro se sent évidemment coupable de la mort de son frère. Deux ans plus tard, il se retrouve enfermé dans une pièce sombre affublée d’un masque de foire en forme de lapin.
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© Yoshiki Tonogai / SQUARE ENIX CO., LTD.
Sept autres personnes bien vivantes et portant également un masque partagent le même sort. Une neuvième personne est pourtant la, le jeune du début, mort après avoir retiré son masque sans autorisation. Avertissement morbide en guise de préambule, ils doivent coopérer sinon ils meurent. Les masques représentent tous des animaux, comme dans "
Doubt " il y a celui du lapin, mais également, lion, cheval, cochon, loup, chien et ours sont représentés. Tous ces jeunes sont ici pour être jugé, car ils ont tous, soi-disant, commis un péché, un des sept péchés capitaux. Ils vont donc mourir pour ça. Ils vont devoir désigner eux même qui périra et au final, seul quatre d’entre eux survivront.
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© Yoshiki Tonogai / SQUARE ENIX CO., LTD.
Vu l’environnement réduit dans lesquels cohabitent les protagonistes, il ne faut pas s’attendre à une grande fresque violente, mais plutôt à un combat psychologique ou les dialogues et l’attitude des personnages prendront tous leurs sens. Dans ce premier numéro, peu de morts à part ceux du début, Yoshiki Tonogai a très bien construit son récit afin de nous laisser dans l’expectative une fois le manga refermé. Même si le lecteur découvre les vrais visages des prisonniers, il ne sait, au final, que peu de choses sur eux. Les informations sont distillées au compte-gouttes. L’état d’esprit de certains jeunes est, petit à petit, mis en avant afin d’aiguiser la curiosité du lecteur et l’obliger à reconstruire le puzzle que Yoshiki Tonogai prend un malin plaisir à tracer.
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© Yoshiki Tonogai / SQUARE ENIX CO., LTD.
SI le scénario est prenant, il est dommage de le desservir avec un dessin qui manque d’aboutissement. Les personnages sont tous longilignes, sauf le mort du début gros et bouffi. Les visages sont étirés comme si le dessin était déformé. Le trait est régulier : trop régulier... Il manque de vie, de plein et de déliés. Néanmoins, cela contribue à rendre l’ambiance encore plus froide et pesante. La mise en page et les multiples changements de plan permettent, de leur côté, de bien s’imprégner de l’atmosphère qui règne dans ces pièces malgré le peu de décors représentés. Yoshiki Tonogai fait de superbes illustrations, les couvertures sont là pour le prouver, mais il est obligé de différencier ses personnages par des artifices vestimentaires afin de ne pas perdre le lecteur. La couverture justement, extrêmement soignée et positionnée à l’horizontale comme pour "
Doubt ". La règle est la même, les protagonistes en couleur et masqués sur la jaquette apparaissent en noir et blanc et démasqués sur la couverture du dessous. Sur ce numéro un, ils sont tous debout. Au fil des volumes, ils tombent les un après les autres. Il vaut mieux ne pas trop prêter attention aux couvertures des volumes non lues si l’on veut garder le suspense. Mais, même si l’on sait qui est le prochain sur la liste à décéder, ce n’est pas cela qui est important. Ce qui compte, c’est son histoire personnelle, la raison qui l’a amené, de force, à participer à ce jeu macabre. C’est également la cohésion du groupe, le tiraillement psychologique obligeant ces jeunes à faire mourir un de leurs camarades afin de survivre de leur côté qui rend captivant ce manga. Le lecteur de son côté est également mis à l’épreuve. Impossible de ne pas penser à ses propres actions, ses propres péchés. Et surtout, comment réagirions-nous en présence d’un tel dilemme. Comment jugerait-on et surtout, de quel droit le ferions-nous et avec quelle conviction ?
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© Yoshiki Tonogai / SQUARE ENIX CO., LTD.
Seuls trois volumes sont parus à ce jour au Japon. Il est donc aujourd’hui impossible de savoir le fin mot de l’histoire. Si Yoshiki Tonogai arrive à toujours tenir son lectorat en haleine avec autant de brio, cela augure un nouveau succès pour les éditions Ki-oon.
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© Yoshiki Tonogai / SQUARE ENIX CO., LTD.
L’éditeur à d’ailleurs mis le paquet pour le lancement de ce titre. La sortie en librairie était prévue pour le 30 juin afin de coïncider avec le début du festival " Japan Expo ". Yoshiki Tonogai, l’auteur, a fait le déplacement depuis le Japon afin de dédicacer son œuvre à quelques chanceux tirés au sort. Et, clou du spectacle, une énorme exposition, en plein centre du festival met en scène certains protagonistes en taille réelle avec leur masque, bien évidemment. Ces représentations ont étaient fabriqués en France dans les locaux de la société Atakus bien connus des collectionneurs de figurines. Extrêmement détaillés et posés sur des mannequins habillés comme dans le manga, positionné au milieu d’un plateau vide et froid : l’effet est saisissant.
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Les masques qui ont était utilisés par Ki-oon pour son diorama grandeur nature. Ils ont été sculptés par l’équipe d’Atakus, bien connu des amateurs de figurines de collection.
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De nombreux objets promotionnels sont offerts durant le salon Japan expo. Notamment ce trio de masque en carton assez bien réalisé et que les lecteurs pouvaient acquérir en s’offrant des mangas sur le stand de l’éditeur Ki-oon.© Yoshiki Tonogai / SQUARE ENIX CO., LTD.
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Commeà chaque festival, les sacs Ki-oon faisait bonne impression par leur taille imposante (prêt d’un mètre de largeur). Quatre séries phare de cette éditeur sont représentées sur les deux modèles disponibles en recto-verso : Judge, Run Day Burst, Amanchu et Brides Stories. © Yoshiki Tonogai / SQUARE ENIX CO., LTD.
Enfin, signalons que "
Judge " n’est pas une copie conforme de " Doubt " : ce manga est dans la même veine, sans être une suite directe. Du coup, il devrait trouver assez facilement son public. À moins que celui-ci tombe, à son tour, dans la paranoïa en dévorant ce thriller machiavélique.
Gwenaël JACQUET
" Judge " T1 par Yoshiki Tonogai
Éditions Ki-oon (7,50 € )
ISBN : 978-2-35592-282-4
Article paru à l’origine sur BDZoom.com

"Kings of Shôgi" T1 par Katori et Andô

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Le Shôgi est un " sport " extrêmement prisé au Japon. Entièrement basé sur la tactique, il pourrait être comparé aux échecs ou aux jeux de dames en Europe. De nombreux tournois annuels font se rencontrer de simples amateurs ainsi que des professionnels, les prix étant conséquents. L’engouement de ces parties silencieuses, où la tension psychologique est à son comble, sont bien éloignées du monde du poker pourtant aux enjeux si proches.

Le manga débute assez tragiquement, alors que Shion vient de voir ses parents assassinés sous ses yeux dans le petit appartement que la famille occupe. Shion, tout comme son père, est passionné par le jeu de Shôgi et il semblerait que le mobile du meurtrier soit lié à ce sport. Suite, à cet événement, Shion se renferme sur elle même et perd l’usage de la parole. Adoptée par ses voisins de palier, la famille Yasuoka (également maître Shôgi), elle se perfectionne rapidement dans la discipline. Sept ans plus tard, elle participe à des tournois pour à son tour passer professionnelle.
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L’intrigue de ce manga est loin d’être complexe, mais plusieurs histoires s’enchevêtrent les unes dans les autres : le meurtre des parents de Shion ; le retour en grâce de son père adoptif ; la soif de pouvoir de la plupart des concurrentes ; l’énigmatique Ayumi dont le seul but est de récolter un maximum d’argent ; l’attitude étrange et hautaine de Hani, maître de Shôgi ; le sponsort, Digital Phone, qui ns’intéresse moins au Shôgi qu’à la publicité que cela pourrait lui rapporter…
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Au travers des événements et de la construction narrative, on sent bien les tensions liées aux tournois et la mélancolie de Shion. Renfermée, mais extrêmement intelligente et tacticienne, elle ne communique plus que par le biais d’un carnet ou elle exprime ses pensées par écrit. Le manga, même si sa trame générale concerne le monde du Shôgi, ne se focalise pas que sur les différents tournois et la volonté de progresser des protagonistes. Leur environnement et les passages concernant leur vie extérieure donnent une dimension supplémentaire au récit, le rendant plus vivant et humain.
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Si le dessin, classique, est réalisé par un débutant, Jiro Ando, le scénario est dû à Masaru Katori, une écrivaine reconnue et prolifique. Si elle maîtrise parfaitement la complexité du Shôgi et sait retranscrire clairement les différents tournois, c’est à cause de son passé de professionnel de la discipline.
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Connue de son vrai nom, Naoko Hayashiba, elle abandonna la profession en 1995, suite à deux événements qui firent les choux gras des journaux à potin. " Confession ", un recueil de photo de nus sorti en 1994 alors qu’elle est âgée de 36 ans, ainsi qu’une liaison adultère avec Nakaharo Makoto Meijin eurent raison de sa passion. Et ce, malgré son professionnalisme et son implication depuis l’âge de 12 ans. Plutôt tourné vers le roman pour adolescente et le scénario de série TV, c’est avec ce manga qu’elle retrouve le succès en 2004. Publié jusqu’en 2008 dans le magazine seinen " Afternoon " (Kodansha), la série est ensuite compilée en huit volumes reliés. En 2007, une série d’animé de 22 épisodes produite par le Studio Deen en est tirée.
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Cette édition française, quelque peu tardive, permet pourtant de se familiariser avec le jeu de Shôgi, sport quasiment inconnu en France. La traduction est bien documentée et le lecteur ne sera pas perdu avec des termes techniques non expliqués. Les parties sont assez courtes et l’intrigue n’étant pas basé exclusivement sur ces affrontements, il est facile d’apprécier l’histoire quelque soit son niveau de connaissance du Shôgi. Néanmoins, les amateurs, qui sont quand même deux mille licenciés en France, y trouveront un excellent divertissement permettant de mettre en pratique leur connaissance tactique. Pour le néophyte, il est bon de signaler qu’ils peuvent se cultiver en lisant les six pages d’explication clôturant ce manga ainsi que celle se trouvant entre les chapitres. Ces informations, ont été rédigé avec le concours de Fabien Osmont et Benjamin Briffaud, tous deux membres de la Fédération française de Shôgi. Il est néanmoins dommage de ne pas avoir francisé le titre, car dans la version originale, " Shion no Ô ", le Ô fait directement référence à la pièce maîtresse du jeu alors qu’ici, l’utilisation de l’anglais ne permet pas forcément de se rendre compte de cette subtilité.
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King of Shôgi " reste l’un des manga les plus intéressants sur le sujet car il est facilement accessible à un large panel de lecteur, ne se focalisant pas durant de longues pages sur des tournois de Shôgi interminables. Un pari ambitieux, mais somme toute bien réfléchi de la part de l’éditeur Pika.
Gwenaël JACQUET
" Kings of Shôgi " T1 par Masaru Katori et Jirô Andô Édition Pika (7,90 &euroWinking
ISBN :978-2-8116-0470-7
Article paru à l’origine sur BDZoom.com